Lettre au Ministre de l’Intérieur: Réforme des modalités électorales pour les circonscriptions des Français établis hors de France

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Lettre à Monsieur Gérard Collomb, Ministre de l’Intérieur, Paris

New York, le 20 juin 2017

 Objet: Réforme des modalités électorales pour les circonscriptions des Français établis hors de France

 Monsieur le Ministre,

J’ai l’honneur de vous écrire concernant l’organisation des élections législatives dans la 1ère circonscription des Français établis hors de France pour l’Amérique du Nord, des 3 et 17 juin 2017.

C’est la troisième élection de la circonscription établie avec dix autres pour représenter les Français établis hors de France, en 2012 par le Président Sarkozy.

Candidat indépendant à l’élection de 2017, je voudrais vous faire part de dysfonctionnements majeurs pour notre système démocratique et vous offrir des propositions pour remédier à ces dysfonctionnements à l’avenir pour l’organisation de scrutins nationaux à l’étranger.

Il convient de relever qu’à l’exception d’un léger décalage dans le temps, toutes les modalités d’organisation des scrutins legislatifs de l’étranger suivent les mêmes modalités et les mêmes règles que pour les scrutins organisés en métropole, en dépit des spécificités qui appellent des arrangements organisationnels:

  • Tout d’abord, concernant le dépôt des candidatures, tous les candidats aux législatives des circonscriptions de l’étranger doivent déposer leur candidature au ministère de l’Intérieur à Paris. Ce sont donc plus de 170 candidats qui ont du voyager jusqu’à Paris pour le dépôt des candidatures, alors que les condidats de métropole et des DOM-TOM déposent simplement leur candidature à la préfecture de leur département, sans avoir à faire des milliers de kilomètres. Ceci crée ainsi une rupture d’égalité entre les candidats de métropole et des DOM-TOM, et ceux établis hors de France qui sont pénalisés. Je propose que l’enregistrement des candidatures soit réalisé au consulat du lieu de domicile des candidats et que les consulats aient la responsabilité de vérifier la validité des candidatures et de les transmettre au ministère de l’Intérieur;
  • Les taux de participation déplorables tant aux élections présidentielles (45%) que législatives (18,5% et 13%) en 2017 reflètent les multiples dysfonctionnements inhérents au système électoral tel qu’il est appliqué en Amérique du Nord. Trois semaines de campagne officielle pour aller à la rencontre de plus de 300,000 Françaises et Français dispersés sur un territoire 30 fois plus grand que la France. L’impossibilité matérielle d’aller réellement à la rencontre de tous les Français ne permet pas de les mobiliser pour les élections. Ceci est aggravé par l’absence de moyens médiatiques couvrant l’intégralité de la circonscription;
  • Au cours de cette élection législative, le gouvernement avait supprimé le vote électronique au motif de “risque d’attaque informatique”, privant ainsi les Francais établis hors de France du meilleur moyen d’assurer leur participation effective et simple au scrutin. Les Français d’Amérique du Nord se demandent pourquoi ce risque d’attaque informatique n’existerait que pour les élections et non pour d’autres secteurs d’activité, notamment bancaires, commerciales ou économiques. Et pourquoi seul le droit de vote des Français de l’étranger serait victime d’un soi-disant “risque informatique” qui s’exercerait exclusivement sur le processus électoral?
  • En conséquence, un nombre élevé de Françaises et de Français d’Amérique du Nord (39,000) sur quelque 220,000 inscrits, soit quelque 20%, ont souhaité voter par correspondance. Mlaheureusement, les délais organisationnels pour les élections législatives, s’ils sont sans doute satisfaisants pour les élections en métropole et dans les DOM-TOM qui bénéficient de préfectures toutes proches pour coordonner les préparatifs, ne sont pas adéquats pour les Français établis hors de France. La majorité des kits de vote par correspondance ne sont pas parvenus à temps pour permettre aux électeurs ayant choisi cette modalité de vote indispensables aux Françaises et Français résidant loin des consulats et des bureaux de vote, ou à mobilité réduite. Seuls quelque 3,900 d’entre eux ont pu exprimer leur suffrage.
  • 35,000 Françaises et Français n’ont donc pu exprimer leur suffrage, malgré leur volonté manifeste de voter, exprimée explicitement par la démarche auprès de leur consulat de rattachement d’exercer leur droit de vote suivant cette modalité. Le nombre de nos compatriotes empêchés de voter du fait des dysfonctionnements organisationnels de l’élection est à rapprocher du nombre de votants au premier tour de l’élection: 38,000. Ce qui implique que le résultat du premier tour de l’élection aurait pu être radicalement différent.
  • Il n’existe que 85 bureaux de vote qui couvrent une circonscription de 19,5 millions de km2. Soit un bureau pour 230,000km2, à rapprocher des 69,000 bureaux de vote en France métropolitiaine pour une superficie de 675,000km2, soit un bureau de vote pour 9,7km2. Les distances à parcourir pour les électeurs de la 1ère circonscription des Français établis hors de France afin d’exercer leur droit de vote appellent donc des modalités de vote différentes, afin de rendre l’exercice du droit de vote équivalent à celui exercé par les Français de metropole, conformément à la constitution.
  • Le sentiment général des Français qui n’ont pu voter au premier tour de l’élection, outre un énorme déni de démocratie, est que le gouvernement français les considèrent comme des citoyens de seconde classe ou que leur vote importe peu.
  • Concernant le contentieux électoral, le Conseil constitutionnel suivant une jurisprudence constante et injuste admet que de tels dysfonctionnnements perdurent, dès lors qu’ils n’affectent pas le résultat définitif d’une élection. Ceci est injuste et exclut systématiquement des dizaines de milliers de Français de leur droit de vote. C’est inadmissible.

Par conséquent, j’ai l’honneur de vous demander de bien vouloir faire prendre les dispositions suivantes afin de corriger ces dysfonctionnements à l’avenir:

  1. Rétablissement immédiat du vote électronique et protection adéquate du système électoral contre toute agression informatique;
  2. Déconcentration du pouvoir décisionnel et de la coordination des élections législatives des Français établis hors de France aux ambassadeurs/consuls (de l’enregistrement des candidatures à la coordination des envois du matériel électoral et de propagande des candidats);
  3. Extension des délais pour l’acheminement du matériel électoral de vote (une ou deux semaines supplémentaires) pour les élections dans les circonscriptions des Français établis hors de France;
  4. Extension d’une ou deux semaines de la durée de la campagne électorale dans les circonscriptions des Français établis hors de France;
  5. Extension du nombre des bureaux de vote et détachement de personnels consulaires additionnels les jours d’élection pour éviter des files d’attentes interminables devant les bureaux de vote;
  6. Afin de remédier à la faiblesse grandissante de la participation générale aux élections dans notre pays, il faudrait aussi envisager le vote obligatoire, dont le corollaire dans les circonscriptions de l’étranger est le vote électronique;
  7. Enfin, dans le cadre de la réduction du nombre de élus dans notre pays, je vous invite à maintenir le député des Français d’Amérique du Nord. En effet, la vaste étendue de notre crconscription justifie son nécessaire maintien.

Au nom des quelque 350,000 Françaises et Français du Canada et des Etats-Unis, je vous remercie de votre considération.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de ma considération distinguée.

David LAWSON

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